Au soleil, haine rouée

Auteur : Marie-Laure Zoss

on appelle, qu’on nous dise comment on dort le jour sous l’œil terne des clenches ; dans la pièce des marionnettes, le regard transperce porte et tulle du rideau, partout la poussière cuisine sur ses plaques grises, le soleil taille dans le plancher, qui nous entend ?

par les couloirs de l’hospice, les murs repeints, dans le passage des tabliers et des soupières, on hurle sans un mot, la trachée noyée de salive et de lait bouilli, on appelle, où est l’herbe d’hiver, où les taillis secs et le sel des routes ? dites-nous comment dormir la nuit, une angoisse avachie sur les boyaux, et à la main, le petit ours de plastique rouge, translucide éclairant les draps ; ici crachés les sarcasmes en boulettes dans le tablier des bonnes, par où sortir ?

Paru le 1er juin 2014

Éditeur : Cheyne

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

L’homme désert

Il n’y a pas d’aigle sans désirs.
Il n’y a pas d’aveugle sans regard.
Il n’y a pas de Bonheur.

Mais il n’y jamais ce chant tournoyant et délivrant, cette Parole de toujours, cette terrasse de splendeur portée entre les bras du jour, il n’y a pas ce chant et cette bouche qui chante, et ce corps qui chante cette bouche, et ce désir qui chante ce corps qui l’emporte à sourire, s’il n’y a pas Celle même qui attend encore, au milieu des palmes et des pluies, d’être déliée de son ombre.

André Delons, L’homme désert, Éditions Rougerie, 1986.