Aube nouvelle, Poètes libertaires d’Iran

Aube nouvelle, Poètes libertaires d'Iran

En Iran, la poésie libertaire a existé depuis toujours si l’on considère que Ferdowsi, auteur d’un Livre des rois (Chahnameh), au xe siècle après Jésus Christ, a œuvré durant une trentaine d’année pour libérer la langue persane du joug de l’envahisseur arabe.
Une résistance autant culturelle que formelle qui vaut à l’Iran d’aujourd’hui de parler encore la langue perse héritée des ancêtres achéménides ou sassanides.
Viennent ensuite d’autres générations de poètes réfractaires, marquant leurs préférences et leurs oppositions face à toute sorte de totalitarisme : idéologique, religieux, social…
La liste est longue des tyrannies qui se succèdent sur le plateau iranien engendrant autant d’anticorps poétiques dont le plus fameux, le plus illustre, le plus populaire, celui traduit en un multitude de langues, Khayyam de Nichapour. Ses quatrains traduisent l’obsession d’une immanence radicale face aux promesses d’un arrière-monde aléatoire.
Vient ensuite Hafez de Chiraz dont le Divan, recueil de poèmes lyriques, constitue l’œuvre maîtresse chère au cœur de tous les Iraniens, et que des « modernes » tels que Chamlou ont étudié, édité, avec une approche nouvelle suscitant parfois la polémique. Ils sont toujours là, aujourd’hui encore, ces monuments, habitant les cœurs et les pensées de voix contemporaines, phares en quête permanente de vitalité nouvelle.

Poètes contemporains traduits dans cet ouvrage : Nima Youchidj, Forough Farrokhzad, Mehdi Akhavan Sales, Ahmad Chamlou, Houchang Ebtehadj, Simine Behbahani, Mohammad Reza Chafii Kadkani.

Paru le 1er janvier 2016

Éditeur : Le Temps des cerises

Genre de la parution : Anthologie

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.