Autoportrait d’un autre

IL S’ÉTAIT TRESSÉ un masque de fougères qui, le matin même, était encore vert. À présent il était devenu sec et cassant, pauvre armure désormais incapable de le cacher. Les oiseaux plongeaient comme des poignards dans la succion des vagues. Il se rappelait l’accélération de la chute, l’écriture de l’eau autour de son corps. Ainsi était-il resté des heures étendu. Était-il vrai que l’île se fût formée de la sorte, il ne pouvait le dire. Il se rappelait seulement la lenteur après la chute, l’acquittement de la violence qui l’avait libéré, l’étreinte de la mer.

Cees Nooteboom, Autoportrait d’un autre, Traduit du néerlandais par Philippe Noble, Actes Sud, 1994.

Poème
de l’instant

À la ligne

On est au XXIe siècle
J’espère l’embauche
J’attends la débauche
J’attends l’embauche
J’espère

Attendre et espérer
Je me rends compte qu’il s’agit des derniers mots
de Monte-Cristo

Joseph Ponthus, À la ligne, Éditions de la Table ronde, 2019.