Aveux simples

Auteur : Jeanine Baude

Aveux simples

Encres de Marc PESSIN
Un incipit à René Rougerie suivi de "Le Jardin de Mortemart" puis d’ "Aveux simples", un parcours d’éditeur(s) donc, qui se fond et tresse le questionnement de l’écrivain tout le long de ce recueil. Écriture rouge, écriture chauffée à blanc, creusant le mot, la phrase et la page du même burin si Corriger et corriger encore lier et délier / le blanc entre les mots sa mesure pérenne […] sont : Aveux simples marée à l’étale quand le livre se ferme sur poursuivre et venir au jour encore et encore adoubant l’océan sa longue tresse ses dieux enfouis le vivre et le tenir allongeant ta durée le ressac la cécité râpeuse la tempête et coursant l’infini ta mesure d’être si fleurissant sous ton manteau de pierre tu ne surgis pas indemne de ce cri de ce cri seul sur la vaste colère celui qui arme ta main sur la page trouée l’idylle sa ceinture leurs élytres noyés l’air mangeant tes poumons soudain si vaste que soit l’étroit si vaste que soit le monde.

Paru le 1er mars 2015

Éditeur : Voix d’encre

Genre de la parution : Livre d’artiste

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Autoportrait d’un autre

IL S’ÉTAIT TRESSÉ un masque de fougères qui, le matin même, était encore vert. À présent il était devenu sec et cassant, pauvre armure désormais incapable de le cacher. Les oiseaux plongeaient comme des poignards dans la succion des vagues. Il se rappelait l’accélération de la chute, l’écriture de l’eau autour de son corps. Ainsi était-il resté des heures étendu. Était-il vrai que l’île se fût formée de la sorte, il ne pouvait le dire. Il se rappelait seulement la lenteur après la chute, l’acquittement de la violence qui l’avait libéré, l’étreinte de la mer.

Cees Nooteboom, Autoportrait d’un autre, Traduit du néerlandais par Philippe Noble, Actes Sud, 1994.