Bacs de Loire, bacs de Gironde

Auteur : Bernard Bretonnière

<i>Bacs de Loire, bacs de Gironde</i>

Bernard Bretonnière, road-poem
Wilfried Guyot, 59 photographies

Road-poem est le nom qui s’est imposé pour définir cette écriture en vers très libres fondée sur plusieurs longues promenades de plusieurs jours, principalement en voiture, entre les points marquant les embarcadères de ces quatre bacs.
Promenades nourries d’observations et de rencontres, de réflexions débridées, de géographie, d’histoire, d’art et de littérature dans la compagnie, particulièrement, des poètes Jules Supervielle et Henri Michaux — le second admirateur du premier.
Ni guide, ni dépliant mais évocation plutôt qu’étude, ce livre délibérément subjectif associant photographies et poème laisse libre cours, de flâneries en digressions, à quelques questions sans réponses et aux approximations des auteurs, promeneurs solitaires ou moins solitaires, mais toujours curieux, au hasard des routes et des rivages estuariens de Loire et de Gironde.
Les photographies spontanées et instinctives de Wilfried Guyot, suggérant plus que montrant, s’attachent à interroger, jusqu’en dehors du cadre selon l’idée de Robert Frank, le moment de suspension que vivent les passagers des bacs au cours de leurs brèves traversées : huis clos, temps de non-action offert à la méditation, à la réflexion, à la contemplation, regard perdu dans le vague.

Paru le 1er novembre 2008

Éditeur : La Part des anges

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.