Ballade pour un lendemain de défaite

Francis Combes

Sous le soleil ardent nous cheminons nue-tête
Et gardons col ouvert quand la bise gémit
Sans doute nous avons la couenne assez mal faite
Pour ne pas trop nous plaindre des intempéries
Et cheminer toujours de défaite en défaite
Ainsi bon gré, mal gré va notre compagnie.

Pourtant sur nous portons traces de nos défaites
Nos habits sont froissés car nous avons dormi
Dehors dans le décor d’un lendemain de fête
Parmi les confetti, les flaques, le vomi
Mais, les pieds dans la boue, debout nous tenons tête
Ainsi bon gré, mal gré va notre compagnie.

Nous avons un peu bu mais le jour nous fait fête
Nous aurons dégrisé avant qu’il soit midi
Au vrai, nous nous étions mis un beau rêve en tête
Mais la cité future érigée dans la nuit
Dans l’aube qui s’ébroue n’est que planches défaites
Ainsi bon gré, mal gré va notre compagnie.

ENVOI

Jamais nous en saurions prendre goût aux défaites
Jamais nous ne serons assagis, mes amis,
A ce vieux monde enfin allons faire sa fête
Ainsi bon gré, mal gré va notre compagnie.

Poème
de l’instant

Esther Tellermann

Corps rassemblé

Un désir
à nouveau
enfle
éprouve le motif
éclats de solitude
mesurent
le marbre de
chaque corps
afin que se
rompe la lisière
du pourpre
absorbant les
paysages.

Esther Tellermann, Corps rassemblé, Éditions Unes, 2020.