Bribes

Auteur : Raphaël Monticelli

Bribes

Les “ Bribes ” de Raphaël Monticelli se tiennent à la frontière entre le récit – toujours bousculé – et la poésie, dont il utilise la diversité des ressources.
À leur propos, Jean-Marie Barnaud écrit :
“ On avance dans l’écriture (…) comme un archéologue explore un site et invente ; ce que ses fouilles mettent au jour, ce sont ces pièces décousues, tesselles, membres épars, éclats, brisures, choses de rien peut-être, ce que dit ce mot, Bribes.
Mais il se trouve que ces choses de peu, enfilées les unes aux autres, tissées, tramées au long des jours, finissent par entrer dans un ordre, donc prennent forme, font œuvre. Font un monde.”
Ce nouveau volume réunit les quatre livres de bribes déjà parus entre 1998 et 2005, et en ajoute un cinquième, Déploiements, qui ouvre une période nouvelle de rédaction, Bribes issues du nid de l’aigle.

Extrait

Bribe CXXXVI

Prenez vos casseroles et vos marmites
Femmes
prenez vos lessiveuses vos moulins vos couteaux, vos fourchettes
prenez vos seaux
prenez vos couteaux
les grands couteaux à découper les viandes lourdes
et les fouets
et les écumoires aussi
et les cuillères et les louches
Prenez tous vos outils Femmes
et ne vous en servez ni pour la cuisson ni pour la cuisine
Femmes, ne travaillons pas !

Paru le 1er mai 2015

Éditeur : L’Amourier

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.