C’est avec mains qu’on fait chansons

Auteur : Lyonel Trouillot

C'est avec mains qu'on fait chansons

« C’est quand on essaye de l’écrire que se pose à nous la question de savoir ce qu’est la poésie. Peut-on prétendre que c’est bien elle qu’on écrit ? Un tel savoir impliquerait de pouvoir la nommer dans son être ou dans ses fonctions, attitude quelque peu prétentieuse ou réductrice. On ne peut non plus prétendre ne pas la connaître un peu, ne pas sentir sa présence dans des textes qu’on a lus, sans dire que les textes en question l’épuisent ou la définissent. Affronter la poésie, c’est vivre dans le doute. Y touche-t-on ? La touche-t-on ? D’où, chez moi l’hésitation à donner à lire celle que j’essaye de faire, ou à donner à lire les textes que je fais comme étant de la poésie.
Je viole une de mes lois secrètes en donnant à lire ce choix de textes. Qui couvre une période de trente ans. Mes hier et mes aujourd’hui, mes démêlés avec des intentions esthétiques et des questions humaines qui me traversent, me quittent, me reviennent.
J’ose donc partager ce doute sur la poésie avec le lecteur qui le voudra. L’écriture poétique restant pour moi la plus sacrée des fêtes païennes et une entreprise de restitution langagière sans égale, par les blessures, les songes et le rapport au réel, individuels et pourtant communs qu’elle interpelle. C’est là où je partage mes peurs, et me fais peur. Là où, résolument timide, je noue avec moi, et avec toi, une relation aussi nécessaire qu’improbable. »
Lyonel Trouillot
Cette anthologie est sa seule anthologie poétique parue en France, elle couvre trente ans d’écriture poétique.

Dessin de couverture : Ernest Pignon-Ernest

Paru le 1er juin 2015

Éditeur : Le Temps des cerises

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Une tristesse bleue et grise

Évidemment l’orgueil et la trouble passion
Les papiers arrachés, bien sûr, les volets clos
Les livres sans mémoire et presque à l’abandon
L’étui de ton violon fermé comme un sanglot
Mais penser à tes gestes carrés vers les miens
La presque cruauté, la langueur infinie
Le rire en plein désir et les larmes à la fin
M’ont fait aimer la mort et préférer la vie

Sarclo, Une tristesse bleue et grise, « Éloge d’une tristesse », Côtes du Rhône Productions, 1992.