Caisse claire, Poèmes 1990-1997

Auteur : Antoine Emaz

Caisse claire, Poèmes 1990-1997

Choix de François-Marie Deyrolle, postface de Jean-Patrice Courtois.

Extrait :
Comme exsangue
À force de jours pâles
On se tient à bout de bras
Pour passer le seuil
Et enfiler les habitudes
Nuit et jour parmi nuits et jours
Un même affrontement
Sans gloire
On se débat

Sobre, nue, élémentaire, la voix d’Antoine Emaz sonne mate et vraie comme la profondeur rapide de la frappe sur la peau tendue d’une caisse claire. Le vers irrégulier, dense, parfois aphorismatique saisit dans une énergie brève la sensation au moment où elle se produit : impression du vide, empoignement de la peur, ivresse des fatigues, impatience aiguë de l’avenir, douceur du temps solitaire. Sculptant le presque rien des choses, Emaz emploie le mot à ras du réel, soucieux de concision et de justesse dans son approche du dérisoire. Il livre alors une poésie rare et directe, toute entière tendue vers une vérité inatteignable.

Paru le 1er mars 2007

Éditeur : Seuil

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Carl Norac

Petit poème pour y aller

Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Un insecte sur ta peau dont tu écoutes la musique des pattes.
La sirène d’un bateau suivie par des oiseaux, ou un pli de vagues.
Un arbre un peu tordu qui parle pourtant du soleil.
Ou souviens-toi, ces mots tracés sur un mur de ta rue :
« Sois libre et ne te tais pas ! ».
Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Pas une longue chanson, mais assez de musique pour partir
en promenade ou sur une étoile,
à vue de rêve ou de passant.
C’est un aller qui part sans son retour
pour voir de quoi le monde est fait.
C’est le sourire des inconnus
au coin d’une heure, d’une avenue.
Au fond, un poème, c’est souvent ça,
de simples regards, des mouvements de lèvres,
la façon dont tu peux caresser une aile, une peau, une carapace,
dont tu salues encore ce bateau qui ouvre à peine les yeux,
dont tu peux tendre une main ou une banderole,
et aussi la manière dont tu te diras :
« Courage ! Sur le chemin que j’ai choisi, j’y vais, j’y suis ! ».
Un poème, à la fois, ce n’est pas grand-chose
et tout l’univers.

Carl Norac, inédit, pour le 22e Printemps des Poète / Le Courage