Cartographie Cherokee de Diane Glancy

Auteur : Béatrice Machet

Poésie américaine traduite par Béatrice Machet.

Diane Glancy est née en 1941 à Kansas city dans le Missouri. Elle a publié
de nombreux livres de poésie et de nouvelles mais également des essais et
des romans. Elle a reçu plusieurs prix prestigieux aux États-Unis. Grâce
à sa traductrice, Béatrice Machet, nous découvrons peu à peu son œuvre
d’écrivain.

La poésie de Diane Glancy, vers libres ou prose poétique, est résolument contemporaine. L’énergie est le dénominateur commun. Ses mots avancent implacablement. Jamais larmoyants, parfois drôles et mordants, ils donnent une voix à ceux que l’on a rendus muets, à ceux que l’on n’écoute jamais. Depuis les marges elle essaie de trouver les paroles que des personnes, ou bien des créatures, exclues, prononceraient.
Diane se place souvent à l’intersection de l’ancien monde et du nouveau, observe ce qui s’y passe, rapporte les fragments et les bribes entendus. La façon dont sonnent ses poèmes illustre la manière dont les gens humbles parmi les Cherokee pourraient grommeler, ou bien éructer, un Anglais approximatif. Un peu comme j’ai entendu, pendant mon enfance, certains paysans de mon entourage s’exprimer, à la limite de l’onomatopée, avec une économie de mots, de grammaire et de syntaxe. (Béatrice Machet)

Extrait :

Un pisteur de retour
Parfois les mots déménagent. Vous ne pouvez pas toujours les retrouver à votre retour. Peut-être sont-ils devenus nomades. Vous les suivez avec la langue de l’histoire à la bouche. La nuit leurs blessures s’ouvrent. Les cerfs sortent de leurs bras. Les mots parlent de la perte du camp d’hiver. Ils ne savent que faire. Parfois ils ne peuvent rien entendre. Les racines d’haricots et de maïs dans les champs. Les ours dans la grotte de leurs oreilles.

Paru le 1er avril 2011

Éditeur : Cuisines de l’Immédiat/ Editions de l’attente

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.