Ce petit hameau du Mato Grosso de Stéphen Bertrand

Ce petit hameau du Mato Grosso de Stéphen Bertrand

si l’on voyage, et que l’on soit poète, en ce Brésil démesuré, désertique ici, saturé d’eau là-bas, sous un soleil accablant qui est un brasier - il y a brasa, braise dans Brasil - on prend la route des utopies, escorté de richesse et de pouillerie, de modernité et de reliques. C’ets un monde ancien : peut-être un paradis perdu ; mais il est aussi à naître : peut-être un autre rêve. On ne le découvre que pour autant qu’on s’y découvre soi-même étrange plus qu’étranger, livré aux sortilèges, aux cruautés de la lumière, à l’ombre moite distillant une nostalgie qui se glissera dans les bagages du retour. Saudade. Ces poèmes en sont les témoins et les traces.

Stéphen Bertrand est né à Nîmes en 1967. Il vit actuellement à Montpellier où il poursuit ses études. D’un périple en Argentine et au Brésil il a ramené des carnets de route poétiques où se manifeste une écriture "tour à tour ample et concise, captant les moindres frémissements d’un monde qui n’est pas à refaire, une écriture qui dans le court-circuit des ellipses apaise ou durcit l’émotion" (Jacques Gasc) et qui lui a valu récemment d’être distingué par le Grand Prix de Poésie de l ville de Béziers. Il est membre de la Compagnie des Ecrivains méditerranéens.

Paru le 1er janvier 1999

Éditeur : Domens

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.