Ce que dit le nuage

d’Enza Palamara

Ce que dit le nuage

Au sortir d’une grave maladie, durant sa convalescence, Enza Palamara a esquissé des images au fusain. Peu à peu, ces dessins se sont imposés à elle de façon mystérieuse, se sont assemblés, puis des mots ont surgi, des mots devenus des fragments poétiques qui ont délivré un message, et un livre est né.
Dans ce voyage intérieur, le Nuage est le médiateur, l’intermédiaire entre la terre et l’âme, pleine de lourdeur, puis de légèreté. Il aide notre être à bâtir son séjour terrestre. Dans une première étape, le Nuage accueille le pèlerinage de l’âme, traverse les perturbations et les tempêtes, puis devient un abri, un havre qui permet la découverte de soi ; dans un second temps, il suscite la redécouverte du monde, la réconciliation et les retrouvailles avec le lieu terrestre. Tout au long des pages, on assiste à l’avènement d’une terre heureuse. À la fin du voyage, le Nuage se retire pour dévoiler le chemin définitif, celui qui mène à la délivrance, vers une demeure éternelle et merveilleuse.

Agrégée de lettres, Enza Palamara a enseigné à l’université de Tours et à l’Institut français de Naples. Spécialiste des œuvres de Baudelaire, Bonnefoy et Guillevic, elle a eu la passion d’éclairer l’univers de ces grands poètes à ses étudiants. Les correspondances entre peinture et poésie sont devenues pour elle un accompagnement permanent.

Paru le 11 mars 2020

Éditeur : Poesis

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Lettres à Sophie Volland

10 juillet 1759,

J’écris sans voir. Je suis venu ; je voulais vous baiser la main et m’en retourner. Je m’en retournerai sans cette récompense ; mais ne serai-je pas assez récompensé si je vous ai montré combien je vous aime ? Il est neuf heures, je vous écris que je vous aime. Je veux du moins vous l’écrire ; mais je ne sais si la plume se prête à mon désir. Ne viendrez-vous point pour que je vous le dise et que je m’enfuie ?

Adieu, ma Sophie, bonsoir ; votre cœur ne vous dit donc pas que je suis ici ? Voilà la première fois que j’écris dans les ténèbres : cette situation devrait m’inspirer des choses bien tendres. Je n’en éprouve qu’une : je ne saurais sortir d’ici. L’espoir de vous voir un moment m’y retient, et j’y continue de vous parler, sans savoir si j’y forme des caractères. Partout où il n’y aura rien, lisez que je vous aime.

Denis Diderot, Lettres à Sophie Volland.