Ce qui sous le blanc se tait

Auteur : Erwann Rougé

Ce qui sous le blanc se tait

tout commence
dans un dédale de rues

dans le même blanc d’une heure
vide, pavée, couchée

entre l’air et le rien du monde

au plus intime et au plus clair
étourdissement du cœur

pour aller pas dans un lieu
pas dans un corps

mais quelque part
dans le dehors de soi
mon souffle en toi

ce que tu murmures
au comble de la douceur

Paru le 1er juin 2013

Éditeur : Editions Potentille

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lettres à Sophie Volland

10 juillet 1759,

J’écris sans voir. Je suis venu ; je voulais vous baiser la main et m’en retourner. Je m’en retournerai sans cette récompense ; mais ne serai-je pas assez récompensé si je vous ai montré combien je vous aime ? Il est neuf heures, je vous écris que je vous aime. Je veux du moins vous l’écrire ; mais je ne sais si la plume se prête à mon désir. Ne viendrez-vous point pour que je vous le dise et que je m’enfuie ?

Adieu, ma Sophie, bonsoir ; votre cœur ne vous dit donc pas que je suis ici ? Voilà la première fois que j’écris dans les ténèbres : cette situation devrait m’inspirer des choses bien tendres. Je n’en éprouve qu’une : je ne saurais sortir d’ici. L’espoir de vous voir un moment m’y retient, et j’y continue de vous parler, sans savoir si j’y forme des caractères. Partout où il n’y aura rien, lisez que je vous aime.

Denis Diderot, Lettres à Sophie Volland.