Cent poèmes de la Résistance, de Alain Guérin

Cent poèmes de la Résistance, de Alain Guérin

Autant que le fusil, la plume des poètes fut une véritable arme mobilisatrice contre l’occupant allemand. Diffusée sous le manteau, récitée comme un signe de ralliement, cette "poésie de circonstance", comme le dit Alain Guérin, eut une importance considérable dans la lutte pour la liberté. Par l’importance des écrivains qui payèrent parfois de leur vie cette audace, comme Desnos, c’est là une page glorieuse de l’histoire de France, illustrée par les formidables photos d’époque du fonds Izis. Alain Guérin, le plus grand spécialiste de cette époque, auteur de Chroniques de la Résistance (Omnibus), ouvrage définitif sur le sujet, accompagne chaque poème d’une notice biographique de son auteur et retrace ainsi une histoire de ces temps tragiques. Cent poèmes présentés ici, les plus représentatifs de ce vrai mouvement littéraire de combat, sont l’oeuvre de 47 poètes, au premier rang desquels on trouve bien entendu Aragon, dont La Rose et le réséda s’est hissé au rang de classique, au même titre que le fameux Liberté d’Eluard. Outre ces deux grandes voix, on trouvera dans cet album les textes de Robert Desnos, René Char, Pierre Seghers, Max Jacob, Jules Supervielle, Jean Tardieu, Pierre-Jean Jouve, Henri Michaux, Philippe Soupault, Jean Cassou, Lo s Masson, Jean Cayrol, Michel Leiris, Francis Ponge, Tristan Tzara, Druon-Kessel-Marly (Le Chant des partisans), Emmanuel d’Astier de La Vigerie, Georges Ribemont-Dessaignes, Jean Lescure, Pierre Emmanuel, Guillevic, Lise Deharme, G-E Clancier… Table des matières : Prologue I. Poèmes de la défaite II. Poèmes du malheur III. Poèmes du combat IV. Poèmes de la victoire V. Poèmes du souvenir Epilogue

Paru le 1er janvier 2008

Éditeur : Omnibus

Genre de la parution : Anthologie

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.