Certaines œuvres font pleurer tellement elles agrandissent l’espace…

Hélène Sanguinetti

Certaines œuvres font pleurer tellement elles agrandissent l’espace, tellement elles ont d\’air. Un jour, vous entrez au musée de Céret. Ce jour-là vous pleurez.
C’est souvent ainsi quand on se sert d’un arc et d\’une flèche. On vise un soleil. Vous avez peint la flèche à vos couleurs, croyez-vous que ça peut avoir une importance là-haut ?
Vous vous déplacez, envahie. Vous regardez et vous regardez.

Puis dégringolent 4 scarabées (ils ne sont pas frères), royaux, sur la même route. Ils ont le cafard.
Et vous riez.

Tant qu’il y a des bosses, des creux, c’est que quelqu’un est venu là, le corps entier avec l’esprit. Vous vous le répétez, c’est bon dans toute l’oreille !

Les sourds aussi sont heureux, quand ils regardent, ils voient la trace de leurs pas si blancs.

Vous avez oublié une petite veste sur le bord, au pied des chênes. Elle y restera, elle y pourrira. Un amoureux, il y a longtemps, son soulier gauche, dans le foin. Il y a longtemps, il pleuvait.
Si fine pluie, si douce, presque triste sur les joues de la très jeune fille qu’il a serrée si fort entre ses bras.

Oui, c’est noir et profond ce bonheur-là.

Il y a un ange derrière nous.

Parfois il se perd dans un nuage. Quand il est de retour, on éclaire le monde avec notre main levée, vous dites-vous.

Vous avez voulu aller voir la tombe d’Aristide Maillol. L’ange était derrière vous, et partout éclairait. Il éclairait le lieu de la tombe au-dessous de la route. Le long des escaliers. L’herbe. Le torse des cyprès. Le soir venait, la Pensée n’arrêtait pas de vous laisser les secrets qu’on échange avec les morts, Ventre, Mère, quel est le meilleur chemin, lui demandiez-vous.

Vous avez toujours cru à l’au-delà le plus naïf.

Hélène Sanguinetti (Inédit)

Poème
de l’instant

Tous en ce monde

Tous en ce monde
sur la crête d’un enfer
à contempler les fleurs !

Kobayashi Issa, 1763-1828.