Champigneulles de mon enfance

Bernadette Throo

Champigneulles, en ce temps-là, c’était encore presque la campagne. On y cultivait de vastes jardins, comme celui où, sur la route de Bouxières, ma grand-mère tirait, d’un sol parfois rétif, de savoureux légumes.

Champigneulles, c’était aussi, c’était surtout, bien sûr, la Brasserie qui chaque semaine, livrait à mon grand-père, employé dans ses bureaux, une caisse de bière. Je le revois, les soirs d’été, attablé dans la cour devant sa petite canette dont l’enfant que j’étais s’efforçait d’aspirer la mousse !

Champigneulles, tout près de la ville pourtant - six kilomètres à peine –, ce fut pour moi, en ce temps-là, le libre espace des vacances, leur bonheur quotidien, le paradis d’enfance, lumineux et frais comme la bière qui moussait aux canettes de mon grand-père.

Poème
de l’instant

Jean-Pierre Verheggen

Courage / Courrèges

Rappelons-nous que la poésie se niche aussi
dans les voisinages, tant congrus qu’incongrus,
- voire crus ! - de mots parfois peu congénères
qui sommeillent dans le même dictionnaire !
Qu’on les réveille et voilà le substantif courage,
apparemment sans cousinage avec la poésie,
qui soudain s’accoquine, de manière inattendue,
avec André Courrège, le grand couturier,
inventeur , dans les années 60 de la jupe-culotte
qu’osèrent porter en rue de courageuses femmes
prêtes à affronter les quolibets, les regards
lubriques, les injures et autres harcèlements
machistes d’effrontés « passant qui passent »

Saluons donc, aujourd’hui plus que jamais,
ces « hirondelles printanières », ces militantes
avant-gardistes qui n’hésitèrent pas -ô avril ! -
« à se découvrir d’un fil » pour défendre

la Beauté et la Liberté poétique de leur corps !

Jean-Pierre Verheggen « Courage / Courrèges », inédit pour le Printemps des Poètes 2020