Champigneulles de mon enfance

Bernadette Throo

Champigneulles, en ce temps-là, c’était encore presque la campagne. On y cultivait de vastes jardins, comme celui où, sur la route de Bouxières, ma grand-mère tirait, d’un sol parfois rétif, de savoureux légumes.

Champigneulles, c’était aussi, c’était surtout, bien sûr, la Brasserie qui chaque semaine, livrait à mon grand-père, employé dans ses bureaux, une caisse de bière. Je le revois, les soirs d’été, attablé dans la cour devant sa petite canette dont l’enfant que j’étais s’efforçait d’aspirer la mousse !

Champigneulles, tout près de la ville pourtant - six kilomètres à peine –, ce fut pour moi, en ce temps-là, le libre espace des vacances, leur bonheur quotidien, le paradis d’enfance, lumineux et frais comme la bière qui moussait aux canettes de mon grand-père.

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.