Champigneulles de mon enfance

Bernadette Throo

Champigneulles, en ce temps-là, c’était encore presque la campagne. On y cultivait de vastes jardins, comme celui où, sur la route de Bouxières, ma grand-mère tirait, d’un sol parfois rétif, de savoureux légumes.

Champigneulles, c’était aussi, c’était surtout, bien sûr, la Brasserie qui chaque semaine, livrait à mon grand-père, employé dans ses bureaux, une caisse de bière. Je le revois, les soirs d’été, attablé dans la cour devant sa petite canette dont l’enfant que j’étais s’efforçait d’aspirer la mousse !

Champigneulles, tout près de la ville pourtant - six kilomètres à peine –, ce fut pour moi, en ce temps-là, le libre espace des vacances, leur bonheur quotidien, le paradis d’enfance, lumineux et frais comme la bière qui moussait aux canettes de mon grand-père.

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.