Charles Baudelaire

Charles Pierre Baudelaire naît le 9 avril 1821 à Paris, au 13, rue Hautefeuille.

À sa naissance, sa mère, Caroline Dufaÿs a vingt-sept ans, alors que son père, Joseph-François Baudelaire, est déjà sexagénaire. Ce dernier, né en 1759 à La Neuville-au-Pont, en Champagne, qui fut prêtre, répétiteur, fonctionnaire au Sénat et dessinateur à ses heures, meurt en 1827 alors que Charles n’est âgé que de cinq ans. Épris d’art, particulièrement de peinture et de littérature, il laisse tout de même à son fils un héritage artistique important, le souvenir d’un homme lettré. Un an seulement après son décès, Caroline se marie avec le chef de bataillon Jacques Aupick.

Enfant, Charles paraît accepter la présence de ce nouveau beau-père. Mais c’est lorsqu’il devient adolescent que la relation entre les deux hommes se ternit. En effet, le général semble ne pas tolérer la vive sensibilité de Charles. Ce dernier commence à s’intéresser à la poésie, au rêve, et plus généralement à la vie sans contingences. Aussi, il voit le général prendre une grande partie de l’affection de sa mère. Dans leur biographie intitulée Baudelaire : biographie parue aux Éditions Julliard en 1987, Claude Pichois et Jean Ziegler écrivent : « S’il va haïr le général Aupick, c’est sans doute que celui-ci s’opposera à sa vocation. »

En 1831, la famille Baudelaire-Aupick déménage à Lyon pour suivre l’affectation du lieutenant-colonel Aupick. Le jeune Charles intègre alors la pension Delorme et suit les cours de sixième au Collège Royal de Lyon. En 1836, alors qu’Aupick est devenu colonel, Charles entre à la pension du Collège Louis-Le-Grand. Il redouble sa troisième mais obtient le deuxième prix de vers latins au concours général de seconde.

En avril 1839, Charles, âgé de 18 ans, est renvoyé du lycée pour ce que l’on peut considérer être une véritable vétille impliquant son ami Charles Cousin. Voici le mot de renvoi du proviseur J. Pierot :

« Monsieur, ce matin votre fils, sommé par le sous-Directeur de remettre un billet qu’un de ses camarades venait de lui glisser, refusa de le donner, le mit en morceaux et l’avala. Mandé chez moi, il me déclare qu’il aime mieux toute punition que de livrer le secret de son camarade et pressé de s’expliquer dans l’intérêt même de cet ami, […] il me répond par des ricanements dont je ne dois pas souffrir l’impertinence. Je vous renvoie donc ce jeune homme qui était doué de moyens assez remarquables, mais qui a tout gâché par un mauvais esprit, dont le bon ordre du Collège a eu plus d’une fois à souffrir. »

En fin d’année, Charles parvient tout de même à passer son baccalauréat au lycée Saint-Louis, il l’obtient de justesse. Malgré ce petit succès, l’opposition entre Charles et le général Aupick s’accroît de jour en jour, si bien que ce dernier décide d’envoyer Charles à Calcutta, dans l’espoir de l’assagir. Le Paquebot des Mers du Sud quitte Bordeaux le 9 ou 10 juin, mais est contraint d’abréger le périple dès septembre au îles Mascareignes.

Lorsqu’il rentre à Paris, il s’éprend de Jeanne Duval et connaît les premiers charmes de la passion. C’est à cette période que Charles entame une vie quelque peu d’errance. En 1842, déjà grandement endetté, il est placé sous tutelle judiciaire.

Critique d’art et journaliste, il défend notamment Honoré de Balzac lorsque celui-ci est attaqué et caricaturé pour sa perversité présumée et sa passion des chiffres, mais également Eugène Delacroix comme représentant du romantisme en peinture. C’est à cette époque qu’il rédige aussi les premiers poèmes des Fleurs du Mal. Ami de Louis Ménard, chimiste et homme de lettres, c’est dans le grenier de l’appartement familial de celui-ci que Charles découvre ce qu’il appelle les « paradis artificiels », le haschich. Il participera ainsi aux rencontres du Club des Haschischins qui se tiennent bien souvent à l’hôtel de Lauzun, chez le peintre Joseph Ferdinand Boissard de Boisdenier. À ces occasions, Charles rencontre Théophile Gautier et bien d’autres penseurs, scientifiques et artistes. Il décrira ces expériences dans Les Paradis artificiels, étude sur les effets du haschich et de l’opium.

Charles dépense beaucoup plus qu’il ne gagne et dilapide la moitié de l’héritage de son père en 18 mois seulement. Rapidement, ses proches convoquent un conseil judiciaire, jugeant ses dépenses outrancières. Le 21 septembre 1844, le notaire de la famille, maître Narcisse Ancelle, lui alloue une pension mensuelle de 200 francs. Charles est donc contraint de rendre compte à ce dernier de chacune de ses dépenses.

Après l’institution de la liberté de la presse par la révolution de février, Charles fonde Le Salut Public, gazette éphémère qui ne fera paraître que deux numéros. Le 15 juillet de la même année, il traduit un texte d’Edgar Allan Poe intitulé Révélation magnétique qui paraît dans La Liberté de penser. Charles est alors grandement fasciné par l’écrivain américain et ne cessera par la suite de traduire ses œuvres.

Les écrits de Charles ne sont en réalité appréciés que par une poignée de ses pairs. La presse est parfois même très virulente à son égard. Au moment de la parution des Fleurs du Mal, Gustave Bourdin par exemple, dans les colonnes du Figaro du 5 juillet, écrit : « Il y a des moments où l’on doute de l’état mental de M. Baudelaire, il y en a où l’on n’en doute plus  ; — c’est, la plupart du temps, la répétition monotone et préméditée des mêmes choses, des mêmes pensées. L’odieux y côtoie l’ignoble  ; le repoussant s’y allie à l’infect… »

Très endetté, Charles décide, le 24 avril 1864, de rejoindre la Belgique afin d’y donner une série de conférences. Malheureusement, ses critiques laissent quelque peu perplexes et peu nombreux sont ceux qui viennent assister à ses conférences. Il décide donc de rendre visite à Victor Hugo, alors exilé politique volontaire. Face à l’accueil pour le moins froid que lui a réservé la Belgique, Charles rédige un pamphlet intitulé Pauvre Belgique qui restera inachevé.

C’est pourtant en Belgique qu’il fait la rencontre de Félicien Rops qui illustrera les Fleurs du mal en 1866. En 1866 toujours, Charles est victimes de troubles cérébraux, en particulier d’aphasie, il souffre d’hémiplégie. Rapatrié à Paris, il est aussitôt admis dans la maison de santé du docteur Guillaume Émile Duval (1825-1899), aliéniste réputé.

Il meurt de syphilis le 31 août 1867, à l’âge de 46 ans. Il est inhumé au cimetière du Montparnasse aux côtés de son beau-père détesté. Sa mère les rejoindra quatre ans plus tard.

En 1869, deux ans après sa mort, sont publiés les Petits poèmes en prose appelés également Le Spleen de Paris.

Bibliographie

  • Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris, posthume, 1869.
  • L’Art romantique, 1869.
  • Curiosités esthétiques, 1868.
  • Mon cœur mis à nu, journal intime, 1864.
  • Pauvre Belgique, inachevé, 1864.
  • L’œuvre et la vie d’Eugène Delacroix, 1863.
  • Le Peintre de la vie moderne, 1863.
  • Journaux intimes, 1851-1862.
  • Richard Wagner et Tannhäuser à Paris, 1861.
  • Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains, 1861.
  • La Chevelure, 1861.
  • Les Paradis artificiels, 1860.
  • Salon de 1859, 1859.
  • Le Poème du haschisch, 1858.
  • Les Fleurs du mal, 1857.
  • Exposition universelle, 1855.
  • Morale du joujou, 1853.
  • L’Art romantique, 1852.
  • Fusées, journal intime, 1851.
  • Du vin et du haschisch, 1851.
  • La Fanfarlo, nouvelle, 1847.
  • Salon de 1846, Illustrations de Raymond Pelez, 1846.
  • Salon de 1845, 1845.