Chiendents n°162 "Mais dans le désir seul demeurent les poètes"

Arta Seiti

Chiendents n°162 "Mais dans le désir seul demeurent les poètes"

Prologue :

Presque mots et rythme
Mon poème est une pensée. Une pensée sur la transformation. Le sujet du poème est transformation. Lorsque l’émotion secrète surgit, mûrit, devient expérience, j’écris, et la vie mue en langage et le langage en vie. Le sujet du poème passe de l’inconnu à l’invention d’un silence, des presque mots, des presque sens, d’une ligne qui remue un lieu, qui le retourne et l’atteint. Et mon poème s’élance, élan d’une mutation, étrangeté d’une subjectivation maximale, imagination visuelle pour reconnaître ce que l’on ne sait pas, ce que l’on ne dit pas.
Un secret inachevable.
Mes presque mots coulent dans la lumière.
Rayons sur le visage.
Le poème arrive avec la voix et la voix avec le poème. Rythme comme hantise, comme un chant intime et extérieur pour détruire les consensus. Une ligne, et je fais rentrer mon corps dans le langage. Un mouvement, et le sujet du poème pousse des cris de bouleversements. Rythme, mais je ne sacrifie pas le secret, l’inconnu. Ainsi, je défends la poésie.

Paru le 26 avril 2022

Éditeur : Le petit véhicule

Poème
de l’instant

Lettre à Lou Andréas-Salomé

9 juin 1897,

Je veux emporter dans ma nuit la bénédiction de tes mains sur mes mains et mes cheveux. Je ne veux parler à personne, pour ne pas gaspiller l’écho de tes paroles qui tremble tel un émail sur les miennes et les fait sonner plus tendres ; et, le soleil couché, je ne veux voir aucune lampe pour allumer au feu de tes yeux mille bûchers secrets…

Rainer Maria Rilke, Lettre à Lou Andréas-Salomé.