Christian Prigent, quatre temps

Auteur : Christian Prigent

<i>Christian Prigent, quatre temps</i>

Christian Prigent, quatre temps
Christian Prigent / Rencontre avec Bénédicte Gorrillot

Christian Prigent est né en 1945 en Bretagne. Il a dirigé de 1969 à 1993 la revue TXT. Il publie ses ouvrages essentiellement chez P.O.L et donne dans le monde entier des lectures de ses textes.
Bénédicte Gorrillot est Maître de Conférences en Littérature française contemporaine à l’Université de Valenciennes. Elle a publié un roman (Les Yeux d’après, Caractères, 1997) et collabore à de nombreuses revues.

En quatre chapitres (D’où ça vient, Comment c’est apparu, Comment c’est fait, De quoi ça parle), « illustrés » et enrichis de nombreux textes inédits, Christian Prigent répond au questionnement de Bénédicte Gorrillot. L’entretien traverse les moments et les territoires d’une œuvre violemment singulière, désormais riche d’une cinquantaine de titres répartis en des genres variés (poèmes, romans, essais sur la littérature et sur la peinture, chroniques, enregistrements audio) : son apparition à l’époque des ultimes avant-gardes du XXème siècle, son débat avec la tradition ancienne et moderne, ses procédures d’écritures, son rapport à la peinture, à l’oralité, à la politique, ses thèmes récurrents (la parentèle, l’enfance, le sexe, le « négatif », « l’impossible », etc.). Prigent y développe une question rarement traitée d’une manière aussi frontale : comment se forme la figure d’un « auteur » dans son rapport à ses bibliothèques formatrices, aux débats intellectuels et esthétiques de son temps, aux résistances puis aux soutiens de l’institution éditoriale, à l’extension progressive de la réception médiatique et de l’accueil critique.

Paru le 1er février 2009

Éditeur : Argol

Genre de la parution : Essai

Poème
de l’instant

La panthère des neiges

L’affût commande de tenir son âme en haleine. L’exercice m’avait révélé un secret : on gagne toujours à augmenter les réglages de sa propre fréquence de réception. Jamais je n’avais vécu dans une vibration des sens aussi aiguisée que pendant ces semaines tibétaines. Une fois chez moi, je continuerais à regarder le monde de toutes mes forces, à en scruter les zones d’ombre. Peu importait qu’il n’y eût pas de panthère à l’ordre du jour. Se tenir à l’affût est une ligne de conduite. Ainsi la vie ne passe-t-elle pas l’air de rien. On peut tenir l’affût sous le tilleul en bas de chez soi, devant les nuages du ciel et même à la table de ses amis. Dans ce monde il survient plus de choses qu’on ne le croit.

Sylvain Tesson, La panthère des neiges, Éditions Gallimard, 2019.