Ci Sur l’air de « Gentils coquelicots… »

Camille Loivier

Sur l’air de « Gentils coquelicots… »

Les coquelicots sont mes préférés plus j’en vois
Avec plus de force de les aimer, mai-juin comme
Des pavots l’opium de les savoir exister

Plus encore qu’ils disparaissent. Les terre-pleins des gares de banlieue
Juste avant le quai, pas fauchés, l’inaccessible par les grillages et les rails,
Où seule la campagne qui irait là.

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.