Ciné Poème

Le Printemps des Poètes a l’ambition de promouvoir la poésie auprès du plus grand nombre, la poésie d’hier et d’aujourd’hui, d’ici et d’ailleurs, la poésie dans tous ses états et quels que soient ses supports.
C’est parce qu’ils partagent le désir d’ouvrir l’art, sa pratique et ses œuvres contemporaines au plus large public que la Ville de Bezons et le Printemps des Poètes ont décidé de créer Ciné Poème, un festival de courts métrages unissant cinéma et poésie. C’est en effet dans le court métrage que l’on trouve illustré de façon la plus fréquente, la plus variée, la rencontre de la poésie et du cinéma.
Le court métrage, par sa brièveté, son art de l’ellipse et de la suggestion, son intensité émotionnelle, a de profondes affinités avec le poème. Il existe un répertoire très riche marqué par une grande diversité de tous les registres incluant le film numérique, l’animation, la vidéo.
Tout ceci prouve que le cinéma peut être un véhicule privilégié de la poésie propre à toucher un vaste public, particulièrement les non initiés qui, à l’aise avec les codes de l’image, se sentent souvent dépourvus devant le poème imprimé.

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.