Cinq lèvres couchées noires

de Louis Adran

Cinq lèvres couchées noires

Avec cette lèvre abandonnée dans mes souvenirs nous ferons des denrées rares des métaux précieux

où vécurent nos mains me disais-je n’avait plus la moindre importance, qui cerclait les ombres la nuit ? qui d’un torse net dans le noir, d’une langue rêche dit « sortez de là maintenant, et dépliez vos jambes enfin ! » ?

et les genoux cassaient comme l’herbe sous le gel, et chantait un désordre des articulations, et dans la berline nos regards dansaient comme des mouches.

Paru le 12 février 2020

Éditeur : Cheyne

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Louis Aragon

L’amour qui n’est pas un mot

Ma vie en vérité commence
Le jour que je t’ai rencontrée
Toi dont les bras ont su barrer
Sa route atroce à ma démence
Et qui m’as montré la contrée
Que la bonté seule ensemence

Tu vins au cœur du désarroi
Pour chasser les mauvaises fièvres
Et j’ai flambé comme un genièvre
À la Noël entre tes doigts
Je suis né vraiment de ta lèvre
Ma vie est à partir de toi

Louis Aragon, « L’amour qui n’est pas un mot », Le roman inachevé, Éditions Gallimard.