Colette

Née en 1873 dans l’Yonne, dernière enfant de Sido (Sidonie Landoy) et du capitaine Colette, celle qui deviendra Colette a vécu une enfance heureuse à Saint-Sauveur-en-Puisaye, gros village de Bourgogne. Adorée par sa mère comme un « joyau tout en or » au sein d’une nature fraternelle, elle rencontre, adolescente, Henry Gauthier-Villars, surnommé "Willy", avec qui elle se marie le 15 mai 1893 à Châtillon-Coligny. Willy, auteur de romans populaires, est un viveur parisien qui fait également travailler à son profit une équipe de collaborateurs. Il introduit Colette dans les cercles littéraires et musicaux de la capitale. Vite saisi par les dons d’écriture de sa jeune épouse, Willy l’engage à écrire ses souvenirs d’école, qu’il signe sans vergogne de son seul nom. Cela donne Claudine à l’école, bientôt suivi d’une série de Claudine (La Maison de Claudine, Claudine à Paris, Claudine en ménage, etc.), qui sont donc publiés sous le nom du seul Willy.

Willy est, entre autres, l’amant de Marie-Louise Servat, femme d’Émile Cohl, à qui il donna un fils, Jacques Henry Gauthier-Villars. Colette, jalouse et consternée de devoir être enfermée dans un rôle d’épouse bafouée, se libère de plus en plus de cette tutelle. Encouragée par le comédien et mime Georges Wague (1874-1965), elle commence alors une carrière au music-hall (1906-1912), où elle présente des pantomimes orientales dans des tenues suggestives, puis se produit au théâtre Marigny, au Moulin-Rouge, au Bataclan. Ce sont des années de scandale et de libération morale : elle divorce de Willy en 1906, connaît plusieurs aventures féminines, notamment avec Mathilde de Morny (Missy), fille du duc de Morny et sa partenaire sur scène, ou Natalie Clifford Barney dite « l’Amazone ». Durant toute cette période, Colette chemine aussi dans sa vocation d’écrivain. Elle publie des ouvrages évoquant ces années, comme La Vagabonde, L’Envers du music-hall ou En tournée. Une attention de plus en plus précise à la justesse des mots, notamment lorsqu’ils sont chargés d’exprimer l’effusion dans la nature, une sensualité librement épanouie pour revendiquer les droits de la chair sur l’esprit et ceux de la femme sur l’homme, voilà quelles sont les lignes de force de cette écriture.
Colette en 1896, par Jacques Humbert

Après son divorce, Colette a une brève liaison avec Auguste-Olympe Hériot, rencontré à la fin de 1909. Elle rencontre ensuite Henry de Jouvenel, politicien et journaliste, qu’elle épouse en 1912 et qui l’engage à donner quelques billets et reportages au journal le Matin, dont il est le rédacteur en chef. De lui, elle aura sa seule enfant, Colette Renée de Jouvenel, dite « Bel-Gazou » (« beau gazouillis » en provençal). À quarante ans, elle joue encore un rôle d’initiatrice à l’amour auprès du fils d’Henry, Bertrand de Jouvenel, dix-sept ans, expérience qui nourrira les thèmes et les situations dans Le Blé en herbe. Pour ce qui concerne Chéri, c’est un fantasme devenu réalité, puisque le livre est publié en 1920 alors que sa conception remonte à 1912, soit quelques années avant sa liaison avec Bertrand de Jouvenel. Le divorce d’avec Henry de Jouvenel sera prononcé en 1923. Comme elle le fera pour Willy dans Mes apprentissages, Colette se vengera de son ex-mari dans Julie de Carneilhan.

Mélomane avertie, Colette collabore avec Maurice Ravel entre 1919 et 1925 pour la fantaisie lyrique l’Enfant et les sortilèges. Elle a été l’amie de la reine Elisabeth de Belgique, de Marguerite Moreno, de Renée Vivien, et a eu quelques brouilles avec la célèbre demi-mondaine de la Belle Époque, Liane de Pougy.

Pendant l’occupation, Colette séjourna chez sa fille en Corrèze dans le village de Curemonte.

En 1945, Colette est élue à l’unanimité à l’Académie Goncourt, dont elle devient présidente en 1949. En 1953, elle est élevée à la dignité de grand officier de la Légion d’honneur. L’écrivain est au faîte de sa gloire et de son talent quand elle s’installe dans son appartement du Palais-Royal pour ne plus le quitter. Elle compte Jean Cocteau parmi ses voisins. Sur ses vieux jours, Maurice Goudeket, son dernier mari, l’aidera à supporter son arthrose. Elle meurt le 3 août 1954.

Malgré sa réputation sulfureuse et le refus par l’Église catholique d’obsèques religieuses, Colette est la seule femme à avoir eu droit à des funérailles nationales.

Décédée à Paris en 1954, elle est enterrée au cimetière du Père-Lachaise à Paris, sa fille repose à ses côtés.

Bibliographie

  • Le Fanal bleu, 1949.
  • L’Étoile Vesper, 1946.
  • Paris de ma fenêtre, 1944.
  • Gigi, 1944.
  • Le Képi, 1943.
  • Julie de Carneilhan, 1941.
  • Journal à rebours, 1941.
  • Chambre d’hôtel, 1940.
  • Le Toutounier, 1939, suite de Duo.
  • La Jumelle noire, 1938.
  • Bella-Vista, 1937.
  • Mes apprentissages, 1936.
  • Duo, 1934.
  • La Chatte, 1933.
  • Le Pur et l’Impur, 1932.
  • Sido, 1930.
  • me, 1929.
  • La Naissance du jour, 1928.
  • Le fanal bleu, 1926.
  • La Fin de Chéri, 1926.
  • La Femme cachée, 1924.
  • Le Blé en herbe, 1923.
  • La Maison de Claudine, 1922.
  • La Chambre éclairée, recueil de textes publiés dans la presse à la fin de la Première Guerre mondiale, 1922.
  • Chéri,1920.
  • Mitsou, 1919.
  • Dans la foule, 1918.
  • Les heures longues, 1917.
  • La paix chez les bêtes, 1916.
  • L’Entrave, 1913.
  • L’Envers du music-hall, 1913.
  • La Vagabonde, 1910.
  • L’Ingénue libertine, 1909.
  • Les Vrilles de la vigne, 1908.
  • La Retraite sentimentale, 1907.
  • Dialogues de bêtes, 1904.
  • Claudine, 1900-1903.