Combien de solitudes…

Auteur : Véronique Kanor

Combien de solitudes…

Il y a des états qui vous emmènent non pas au bout, mais au cœur de vous-même. Des états qui vous déchirent la peau et vous jettent dans des en-dedans intimement sombres, mal-menants. Et, il vous faut arpenter l’endroit, accepter. Une vieille parole créole dit « un remède n’est efficace que si l’on accepte la douleur. » Pas d’autre choix, alors, d’arpenter le bas-fond pour trouver la bonne sortie.

C’est l’histoire de cet endroit où erre un je en chipongtong, tout malheureux par un chagrin d’amour. Dans sa dégringolade, cette femme qui déballe ses affaires, tombe exactement là où elle ne voulait pas aller : dans l’ile de ses parents, Martinique.

C’est l’histoire parallèle de ce retour au pays prénatal. De cet endroit qu’il faut aussi traverser. Traverser les douleurs, les aberrations, les assimilations, les espoirs déçus, les luttes d’affranchissement, l’espoir sans cesse remis en terre. La Martinique, au final, qu’est-ce c’est : un grand supermarché, une blessure à ciel ouvert, un terrain vague, un paradis en kit, une terre à conquérir ?

Véronique Kanor raconte son je et son île au féminin écorché. Dans une poésie tranchante, elle dissèque la solitude, l’exil, le retour au pays et à l’amour. Son regard s’attarde sur chaque peau d’homme et tente d’en endosser une.

Paru le 1er avril 2013

Éditeur : Présence africaine

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Charles Baudelaire

Petits poèmes en prose

Votre œil se fixe sur un arbre harmonieux courbé par le vent ; dans quelques secondes, ce qui ne serait dans le cerveau d’un poëte qu’une comparaison fort naturelle deviendra dans le vôtre une réalité. Vous prêtez d’abord à l’arbre vos passions, votre désir ou votre mélancolie ; ses gémissements et ses oscillations deviennent les vôtres, et bientôt vous êtes l’arbre. De même, l’oiseau qui plane au fond de l’azur représente d’abord l’immortelle envie de planer au-dessus des choses humaines ; mais déjà vous êtes l’oiseau lui-même.

Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose, « Le Théâtre de Séraphin », 1868.