Comme battements d’ailes (1961-1999)

Auteur : Armand Gatti

Comme battements d'ailes (1961-1999)

Édition de Michel Séonnet.

La vie de Dante Sauveur Gatti dit Armand Gatti (1924-2017) est en elle-même comme une extraordinaire fresque épique où l’écriture protéiforme mais toujours essentiellement poétique est indissolublement liée à l’action. Fils d’un éboueur, anarchiste italien, et d’une femme de ménage, Gatti s’engage dans la Résistance à dix-huit ans. Arrêté, il s’évade et devient parachutiste à Londres : tel est le début d’une épopée où le poète, mais aussi journaliste (Prix Albert Londres en 1954), cinéaste, dramaturge, metteur en scène croise toutes les grandes aventures révolutionnaires de son siècle et côtoie les plus grands protagonistes de l’action politique, de l’art et de la littérature comme, par exemple, Che Guevara, Mao Tse toung, Jean Vilar, Boulez, Soupault, Michaux, Kateb Yacine, Marion Brando ou Chris Marker… Au cœur de tout cela, l’écriture poétique est l’outil permanent et privilégié : il s’agit d’inventer une révolte par le langage qui ouvre à l’émancipation des consciences. Marqués par un lyrisme ardent et concret, d’une oralité vigoureuse, les poèmes de Gatti sont d’une constante liberté formelle et toujours aux prises avec le concret du monde, questionnant histoire et utopie. Sa parole libertaire n’a aucun équivalent dans notre littérature.

Paru le 20 juin 2019

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.