Comme un rat

de Jan Baetens

Comme un rat

Est-il vrai, comme l’écrivait Léon-Paul Fargue, il y a près de cent ans, qu’il y a « trop de livres dans les boutiques, trop de pages dans les livres, trop de phrases dans les pages, trop de lignes dans les phrases, trop de mots dans les lignes, trop de lettres dans les mots […] » ?

L’inquiétude de Fargue est toujours la nôtre, et elle ne cesse de s’amplifier.

Comme un rat est une réplique à ces angoisses, par exemples interposés : exemples de ce qui mérite d’être lu et, surtout, relu ; exemples de ce qu’il est inutile de lire ; exemples de questions qu’il importe de poser aux livres qu’on s’apprête à donner à l’impression ; exemples d’enthousiasmes et de regrets ; exemples de sujets (et d’auteurs !) à retrouver, voire à inventer. On y croisera chemin faisant Jean Paulhan, Léon-Paul Fargue et Valery Larbaud, Julien Gracq et Henri Thomas, Bernard Frank et Maurice Dekobra, Jacques Borel, Michel Lafon, Jean-Benoît Puech et plusieurs autres ; des réflexions sur les vertus du livre pauvre, la fécondité des erreurs d’interprétation, l’âge des textes et des lecteurs, les correspondances d’écrivains, les mécanismes de l’allusion, les limites de la hiérarchie des genres et la disparition des timbres-poste ; mais aussi des croquis de Grenade et de Brattleboro, car la vie est inséparable de la fréquentation des livres.

Comme un rat n’est pas une bibliothèque idéale. C’est plutôt un livre qui essaie de faire le point, sur le sens du temps qu’on passe avec les livres comme sur les mystères que les textes nous aident à ne pas toujours comprendre.

Paru le 19 septembre 2020

Éditeur : L’herbe qui tremble

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Serge Sautreau

Rivière je vous prie

Loin, un instant, des rives, souvenons-nous, riverains des cours de porcelaine, souvenons-nous des loges de verre, entre flammes et idoles, où se pâmaient le mythe, la révolte, les tyrannies de la fin…

Loin, à l’instant, loin du poumon fertile, c’est l’origine qui appelle avec de longs herbiers ondulant sous la nacre, laissant apercevoir des sables habités, des galaxie solubles, des à-pics de massifs coulés s’engloutissant dans le vert sombre.

Pour invoquer. Pour éveiller le dieu. Pour ne jurer de rien. Pour accueillir. Rivière.

Serge Sautreau, Rivière je vous prie, Éditions l’Atelier le Ciel sur la Terre, 1997