Comme un souffle de rosée bruissant

Auteur : Jean Mambrino

Prix de Littérature Nathan Katz 2005.

En épigraphe de son livre, Jean Mambrino a inscrit cette citation du livre de Daniel (3, 25-50) : « Il fit au sein de la fournaise comme un souffle de rosée bruissant (…) et voilà qu’ils marchaient au milieu des flammes, louant Dieu. »
Elle donne à ce nouveau livre de Jean Mambrino tout à la fois son titre et son thème central.
Citons les titres des neuf parties – de dix poèmes chacune – qui permettent de saisir la tonalité du recueil : I) Dans son éblouissante et tendre obscurité 2) Ta louange le perçoit 3) Il rentre dans ce silence 4) Ton désir est trop profond 5) Ainsi la vie se transmet 6) Tout est offert à qui sait voir 7) Ce voile déployé 9) L’étonnement de l’origine 10) Invente l’éternité.
Le premier poème commence ainsi : « Cette danse improvise le jeu sacré/ semblable à une marche / divinement légère / au sein des flammes / où le corps se transfigure / en feu qui ruisselle ». Et c’est par des mots en étroite correspondance que se termine le dernier : « Tu le reconnaîtrais, / au milieu des flammes. / Il est toujours là. / Ton enfance en lui, / devant toi te devance, / invente l’éternité. »
Au juste milieu du livre, il y a ce texte numéroté 45, dont la forme brève et éclatée est unique dans tout le recueil et qui en détermine l’inflexion. Passage de la fournaise à la rosée : « Le soir venu, / il était là, / seul. // Sa pensée, / transpercée d’épines. // La rumeur rit autour. // Universelle routine / des torturés. // Il ne peut plus porter / sa mort. // à peine encore l’offrir. // Abandonné dans l’abîme, / il crie. // Donne les gouttes du sang / qui doute. // La terre sans goût ni soif / a bu. // Un vinaigre se substitue / à la rosée. // Le Tout Petit au fond de soi se nie. // Son néant / s’est remis à l’Amour. »

Paru le 1er janvier 2006

Éditeur : Arfuyen

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.