Complainte du mangeur solitaire

Julien Syrac

Complainte du mangeur solitaire

Les tercets qui composent la Complainte lui donnent un rythme brutal et cadencé, préservant la sincérité de la voix. Le discours du mangeur, haletant et nerveux, fait écho à l’atmosphère urbaine chaotique, mais est aussi tissé d’habitudes et de résignation. Ce héros donquichottesque ne cherche ni à séduire ni à convaincre, simplement à dire ce qu’il a sur le cœur. C’est par ce chant intime qu’un homme sans auditoire accède à sa libération. Un chant qui parle aussi pour les mangeurs, vous, nous, et qui devient universel.

Texte de l’éditeur.

Paru le 14 mars 2019

Éditeur : Gallimard

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.