Conspiration du réel

Auteur : Grégory Rateau

Conspiration du réel

Extrait de la préface de Catherine Dutigny (rédactrice et membre du comité de direction à la Cause littéraire) :
« Poète de l’errance, d’un exil inscrit dans sa chair et dans ses multiples lieux de vie, Grégory Rateau nous livre dans ce recueil, plein de cris, de souffrances mais aussi de quêtes de vérité, de simplicité douloureuse, des raisons d’exister, de croire en une rédemption dans un monde traversé par les fléaux de la déraison humaine (…) la poésie de Grégory Rateau nous intime de dresser le poing, de hausser le verbe, de nous opposer au réel qui conspire à nous rendre faibles, dépendants du regard des autres. Œuvrer toujours plus loin, toujours plus fort pour donner du sens. »

Extrait :

CHÂTEAU ROUGE

J’ai suivi dans les rues de Château Rouge
Ces mirages en bandes animées
Babel des damnés
Des légumes y surnagent
Remontent les rivières lunatiques des contrées oubliées
Où les carcasses des absents chaloupent au gré du vent
Et se cognent aux échoppes des marchands ambulants

J’ai goûté dans les rues de Château Rouge
les épices charriées de-ci de-là
Des relents de grillades pour exciter ma salive
Bananes plantains en pièce montée
Coulis de rhum pour enflammer mon palais.

J’ai croisé dans les rues de Château Rouge
Des Turbans encore imprégnés de petits copeaux de sable
Des diseuses de bonne aventure
Mettant à mal des vendeurs de journaux
L’actualité dans le marc de café

J’ai entendu dans les rues de Château Rouge
Les sirènes de police versatiles
Une foule bigarrée
Un coup de karcher
Pour se refaire une virginité
Et tout assainir, tout uniformiser

J’ai pleuré dans les rues de Château Rouge
L’absence de sueur et de rires blancs ivoires
Le jour étouffé, crépitant
Noyé sous un nid de cendres
Les mirages soudain inanimés
La solitude d’une rue où la vie a été balayée

Paru le 31 mars 2022

Éditeur : Unicité.

Poème
de l’instant

Ailleurs

Quand je suis en mouvement, sans rien pour m’encombrer, je retrouve des réflexes du plaisir de la vie, du désir de la vie.
Ce n’est pas une fuite, c’est un appel.
L’appel de la vie.
Cette vie qui m’impressionne toujours autant.
C’est pour ça que je suis resté un vagabond.
Quelqu’un qui se contente de passer.
Et qui toujours s’en va ailleurs.
Cet Ailleurs qui me va parfaitement.

Gérard Depardieu, Ailleurs, Cherche Midi éditeur, 2020.