Contre la nuit

Auteur : Stéphane Bataillon

Contre la nuit

« Changer l’abord du jour qui commence » par le poème : tel est le vœu que formule Stéphane Bataillon dans ce recueil écrit pour faire barrage au bruit et à la fureur du monde. À la remontée des haines et à l’asservissement de l’homme par la force des algorithmes. À la tyrannie de la vitesse et aux crispations identitaires. Et s’il emprunte le titre des sections qui composent son recueil à la langue utilitaire, parlant de burn-out ou de limiteur de vitesse, c’est pour mieux dénoncer ce qui fait aujourd’hui obstacle au bonheur et à l’élargissement de notre liberté. L’enfance que l’on préserve en soi, la quête de son propre rythme, la tendresse… Telles sont les réponses que ce recueil d’écologie numérique apporte, en zone de turbulences, à qui décide de prendre le temps de vivre et de contempler le vivant. Une parole essentielle.

Extrait :

J’ai l’idée d’un poème
qui changerait l’abord
du jour qui commence

Qui te ferait sentir
le rayon de lumière
frappant la feuille tombée

Qui te rappellerait
d’une suspension de l’air
la beauté qui se cache

Dans ce tumulte-là.

Texte de l’éditeur.

Paru le 4 avril 2019

Éditeur : Editions Bruno Doucey

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.