Contre un Boileau

Auteur : Philippe Beck

Contre un Boileau

« Jamais la théorie ne fera pratiquer. » « Il y a une idée dans ce qui est fait. » Contre un Boileau refait en prose l’art poétique enveloppé dans des poèmes. C’est une théorie intérieure et exposée, « sentimentale », qui voit des possibles modernes, raccorde au battement de l’époque pour compromettre l’ordre des choses.

Répondant à une « commande philosophique », j’essaie de reconstituer le procès du poème et d’articuler des notions induites avec le temps. À défaut de préceptes purs, l’élaboration de la pensée dans le vers se dramatise en idées phrasées auprès du poème. L’art poétique est un manuel où des noms sont des gestes futurs (Horace, un Boileau, La Fontaine, Kleist, Verlaine, un Ponge…) ; les citations suivies, commentées-critiquées, analysées, produisent des intervalles utiles à l’horizon du vers. Il faut dire pourquoi le vers libre a des droits au discours plutôt que le devoir de ne pas être un vers. Son utopie intéresse chacun. Ce qui vient n’a pas eu lieu.

Un jansénisme expérimental suggère des interventions dans la langue parlée. La poésie, non disciplinaire, avoisine les proses circulantes, qu’elle anime et déplace. Boileau est ici le prête-nom d’un mariage de Forme et d’Intellect, qui soumet la Forme à l’Intention au nom d’une « langue révérée » : « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement/ Et les mots pour le dire arrivent aisément. » La danse du poème serait esclave de la marche de l’idée avant l’expression. Mais l’oreille dit Non, et la gorge avec elle. Et le poème peut marcher : l’intention est dehors.

Poète, maître de conférences en philosophie à l’Université de Nantes, Philippe Beck est né à Strasbourg (Bas-Rhin) en 1963. Son œuvre poétique a fait l’objet d’un colloque international à Cerisy-la-Salle en 2013 (Un chant objectif aujourd’hui, Corti, Paris, 2014). Dernier livre paru : Opéradiques (Flammarion, Paris, 2014).

Paru le 1er février 2015

Éditeur : Fayard

Genre de la parution : Essai

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.