Coulées d’ombre

Sabine Peglion

Coulées d’ombres où le vent installe des hommes de pierres
drapés de silence Leur regard se dérobe au voile du désert

Il se perd s’enfonce dans la poussière
traverse l’espace - Vers quel horizon -

Rejoindre les traces d’hiératiques dromadaires
ces caravanes de sel d’épices d’ambre
Esclaves ou mercenaires revenant en mirages

A la terre confondus éternels guetteurs d’une aube d’un voyage
Ils attendent Pour eux la solitude habite le temps

Autour de la clepsydre on palabre on invente on distribue les heures
loin de la palmeraie Le chant de l’eau irrigue
la ferveur la confiance en ce jour d’exister

Et les rides s’estompent aux questions de l’enfant
Nœuds de paroles au sable détournées goutte à goutte
l’horloge accorde au temps la vibration acide des semences levées

Sabine Péglion

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.