Couleur des larmes

Auteur : Michel Ménaché

Couleur des larmes

Le mot de l’éditeur : Elle peint des visages au regard clos, des yeux qui versent des larmes de sang, des corps qui s’effacent, des enfances sans joie, des portraits de femmes disparues comme les poétesses Sappho et Nadia Anjuman : par son talent de peintre, Mylène Besson donne des couleurs à l’absence. Il écoute les images de l’artiste, se laisse traverser par les émotions qu’elle suscite, écrit des poèmes pour prolonger les échos qui se font en lui : par ses mots, Michel Ménaché fait parler les silences de la peinture. Et un dialogue s’instaure entre deux arts ; lisible et visible se mêlent ; les portes de toile nous ouvrent à une compréhension plus subtile du monde. Comme l’a souvent répété Michel Butor, présent dans ce livre par deux poèmes inédits, l’avenir d’une œuvre d’art réside dans son inachèvement…

Dans un miroir de sang
et de larmes
elle avance
paumes ouvertes
à l’horizon de brumes
et de poussières
quand le monde
s’égare dans un chahut
de haines et de fureurs

Paru le 7 décembre 2017

Éditeur : Editions Bruno Doucey

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.