Couper n’est pas jouer

Auteur : Bernard Heidsieck

Couper n’est pas jouer est un collage, ou plutôt le « s a m p l e » d’un texte théorique sur la poésie action intitulé Notes convergentes (« poésie-action et magnétophone »), et d’enregistrements directement prélevés dans l’actualité politique : débat à la chambre des députés, slogans, foules et cris de m a n i f e s t a t i o n s . Cette pièce sonore, d’une durée de 55 minutes, est un geste essentiel dans l’œuvre de Bernard Heidsieck, mais également dans l’histoire de la poésie sonore ; car si l’invention du cut-up remonte à 1959 (par Brion Gysin, un ami proche d’Heidsieck), la technique en est ici développée et utilisée systématiquement pour la première fois, dans une volonté d’affirmation d’une poésie sémantique. N o u s sommes en 1968, et cette pièce reflète l’extrême lien qui existe entre expérimentation artistique, débat social et pensée politique. Une pièce incontournable de Bernard Heidsieck dans un petit livre tout en couleurs qui en offre également l’écoute via un CD…

Paru le 1er février 2005

Éditeur : Al Dante

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.