Courir le monde

André Velter

Par la seule magie de leurs noms il est des villes perdues ou non d’Aden à Zanzibar qui chantent dans nos mémoires.

Ô cette rumeur de l’inconnu
au coin des rues de la terre
à Samarkand comme à Shanghaï
avant même que d’y être…

Le refrain qui a ouvert la route
parle au cœur et aux songes
de Tombouctou, de Bénarès, de Louxor
et d’Antioche-sur-Oronte :

c’est à l’oreille aussi
qu’il faut courir le monde.

Paris, 7 juin 2005

Ecouter ci-dessous le poème dit par des élèves de l’école internationale de Shanghai

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.