D’UNE SARBACANE

Carl Norac

quand à deux on se dit
que l’on peut refaire le monde
en tournant une page

c’est déjà le début d’un voyage
on se dresse un lit de papier
et les yeux font le reste

en tournant une page
pas pour changer l’univers
le mouvement des sphères
la marche des nuages

mais être là lecteur de soi
devenir paysage
vivre à deux comme lancé
d’une sarbacane

quand à deux on s’avance
pour lire entre les lignes
pour imprimer les signes
de ses pas ses détours

quand à deux on s’avance
au retour de l’enfance
ses allers ses retours

comme lancé loin des arcanes
d’une seule sarbacane
pour un supplément d’amour

Carl Norac
pour les 10 ans de création des Éditions Sarbacane
© Éditions Sarbacane, 2013.

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.