D’île en Ile

D'île en Ile

…L’enfance d’un fils de petit colon ; la misère, l’exploitation, le mépris, la faim, la boue, l’enfermement, l’absence d’éducation. Comment l’État français colonial et postcolonial, relayé par ses proconsuls - et il ne s’agit pas seulement des gouverneurs et des préfets dont la liste nous est aimablement fournie par André Robèr -, aidé avec ferveur par ses supplétifs locaux -gros propriétaires fonciers, capitalistes de l’import-export et de la grande consommation, entrepreneurs ne dépendant que de la commande publique, fonctionnaires de la culture et de l’enseignement, socialistes et partis de droite, syndicats..- s’emploie sans cesse à exclure un peuple de sa vie, de son histoire, de son avenir. Exemple unique au monde de pacification menée à terme, de colonisation réussie, de lavage de"s consciences. Ah la petite bourgeoisie de ce pays ! C’est sans doute la pire du monde, la plus veule, la plus lâche, la plus corompue psychologiquement et mentalement. La seule qui a décider de demeurer dans un pays sans l’habiter ; d’en faire un non pays. Aucun régime totalitaire n’a réussi ce qu’une démocratie a mené à bien ici. Même les luttes désormais se calquent sur celles des Français, sur leurs revendications, sur leurs désirs, sur leurs visions du monde. Un peuple qu’on méprise parce qu’il a perdu sa fierté. Un peuple qu’on ne respecte pas parce qu’il a perdu le respect de soi-même.

Le pouvoir et ses relais (pseudo journalistes, radios populistes, médias coloniaux) a enseigné et enseigne sans cesse aux gens l’oubli des solidarités anciennes et actives, des échanges et des contacts qui ont construit ce monde, des rencontres et des métissages, du partage de l’espace commun, de la créativité magnifique de cette langue et des savoirs vernaculaires pour qu’ils ne gardent en eux et ne montrent que l’amertume, la stigmatisation des autres, la haine des semblables. Et c’est la liste incomplète des jurons et des insultes que Robèr relève. Non pas ici fonnkèr pou la po, ou bien éloge du beau K, mais l’inscription même de la misère sexuelle et intellectuelle…
Carpanin Marimoutou

Paru le 1er janvier 2010

Éditeur : K’A

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.