D’un cheval l’autre

de Bartabas

D'un cheval l'autre

« C’est ce soir-là, après avoir copieusement arrosé l’arrivée du nouveau venu, que nous avons décidé dans l’euphorie et à l’unanimité de le baptiser Zingaro. Il endosserait le nom de notre théâtre équestre et musical, premier nommé il donnerait à la troupe sa descendance. Plus tard, tandis que la fête se répandait dans la nuit et que s’épanchaient les cœurs imbibés, je me suis surpris, comme souvent, à ne plus trouver ma place. J’éprouve dans ces moments le besoin de me retirer ; de m’évaporer sans au revoir ni salut. Je suis allé le rejoindre dans son box, je n’ai pas allumé, je me suis glissé dans son antre comme on se glisse sous les draps de l’amante endormie. Il était couché sur le flanc gauche, je me suis assis près de lui, il a tourné la tête vers moi sans se relever, un peu étonné de me voir, comme sorti d’un songe.
Cette nuit-là, nous avons fait un pacte : j’allais contaminer son animalité et il allait me permettre d’exister parmi les hommes. Aux humains de mon espèce, nous allions nous révéler. Pour la vie. »

Paru le 6 février 2020

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Prose

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Louis-Philippe Dalembert

Cantique du balbutiement

j’erre dans paris vide
de nos rires de notre frénésie
absent de notre absence
le soleil de printemps
rayonne inutile
déchu de nos flâneries
des baisers des amants
et de leurs mains complices
le long du canal saint-martin

Louis-Philippe Dalembert, Cantique du balbutiement, Éditions Bruno Doucey, 2020.