Dans le village des mères

Vénus Khoury-Ghata

Dans le village des mères

Les journées tiennent dans un seau d’eau

Les puits réservés aux morts qui éclaboussent les murs de leur silence de suie

Fatiguées d’essorer un temps humide

Les femmes s’adossent à l’air

S’adossent aux arbres entravés où les abeilles font leur miel entre résine et sueur

Les femmes du village des mères partagent leur fatigue avec les vents charpentiers

Elles redressent les maisons renversées par les enfants maladroits

Quatre hivers en un répètent-elles en direction des quatre points cardinaux

Un temps à ne pas mettre une maison dehors

Seuls les chemins sont libres d’aller là où ils veulent

Poème
de l’instant

Cécile Coulon

Courir

La course, la vraie, est une fureur carnivore. Un astre brûlant caché dans les jointures du corps ; elles grincent, la nuit, comme un miracle froissé. Une force qui rugit, à laquelle nous sommes forcés de croire puisque qu’il n’y a qu’elle qui puisse suspendre aux crochets des montagnes des femmes et des hommes emplis de cette beauté brutale qui ne supporte ni la lenteur, ni les cris, ni ces bouquets d’amnésie qu’on s’offre pour éviter d’avoir mal. »

Cécile Coulon extrait de « Courir », Les ronces, Éditions Le Castor Astral, 2018