De chair et de mots

Auteur : Michel Baglin

De chair et de mots

Parce que « nous sommes des êtres de chair et de mots », ainsi qu’il le répète, Michel Baglin a toujours cru que « le chant exige et la langue et la peau ». Cette anthologie couvrant un parcours de presque quarante ans témoigne de cette recherche d’équilibre. « Les mots nous blessent et la blessure nous invente. »
Pas de fuite ici : on y fait « allégeance à la lumière, à la terre, à la pluie, au navire en partance, à la fontaine claire comme à l’alcool des nuits ». On se détourne du paysage intérieur pour lui préférer l’approche concrète, charnelle, des chemins de montagne comme des rues de la ville.
En bout de course et de ligne, il s’agit toujours de « se gagner l’ici-bas » grâce aux mots et aux rythmes qui les portent, pour parvenir à « descendre dans le paysage ». La poésie devient ainsi moyen de reprendre pied sur une « terre pleine » et d’être plus présent à soi, aux autres, au monde. Sans sacrifier pour autant cette lucidité qui
force à « n’oublier jamais cet abîme au-dessous des ailes qu’on s’invente ».
« La poésie de Michel Baglin n’est pas une figure de rhétorique, c’est la célébration panthéiste, jusqu’à la gourmandise, du monde palpable que traverse le nomade. Il restitue au réel son épaisseur originelle. C’est du naturalisme solaire allié à la force d’un paganisme serein. » Jérôme Garcin

Paru le 1er mars 2012

Éditeur : Le Castor Astral

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Guennadi Aïgui

« Un peu »

bonheur ? – « Un peu »
béatitude – « Un peu » :

ô murmure : comme vent – du soleil :

de pain – un peu… et de lumière du jour… –

et du petit bruit des hommes
comme d’une nourriture – pour la Mort prête… –

que nous la rencontrions paisiblement
comme si nous étions tous toujours sur tout seuil –

en fraternelle souffrance… –

ô notre liberté !… – lueur d’âme :

simple :

« Un peu »
1975

Aïgui, « Un peu », Festivités d’hiver, traduit du russe par Léon Robel, Les Éditeurs français réunis, 1978.