De feuilles qu’une fois

Anna Jouy

De feuilles qu'une fois

Après des études à l’université de Fribourg en littérature française, latin et philologie romane, Anna Jouy (née en 1956) fonde une famille et travaille dans un centre de formation pour jeunes filles en difficulté. Elle écrit des polars, des pièces de théâtre et une comédie musicale avant de se consacrer à la poésie avec une dizaine de recueils parus entre 2009 et 2019. Dans un geste de mise en mots au plus proche du quotidien, elle tient un journal poétique en ligne (Les mots sous l’Aube). Largement engagée dans l’écriture de « brèves », formats concis d’une à deux pages qu’elle voit comme un nouveau genre émergeant avec les outils informatiques, elle confronte également son écriture à des textes de longue haleine, soucieuse d’inclure à l’invention romanesque son cheminement personnel et poétique.

De feuilles qu’une fois
… Ce sont ces moments que l’on sait caducs aussitôt éclos, qui nous interpellent de leur fragilité, de leur banalité éphémère, qui nous étonnent puis disparaissent, nous laissant pourtant leur parfum ou leur son, une interrogation mélancolique qui, elle, ne cesse jamais de nous habiter. De feuilles qu’une fois… Comme l’arbre qui s’emplume, chante, avant sa prochaine nudité.

La poésie c’est rarement ce que j’ai voulu dire. C’est toujours ce que tu as pu lire. Chaque fois. Tu as ton jeu d’images. Tu me prêtes l’oreille, tu reconstruis ma voix. Tu me donnes ma chance, tu tires au sort un chant neuf au fil du mot.

La poésie est une ressource universelle, de l’air, de l’eau, de l’eau dans de l’air…

Chaque poète ensemence ses frères, chaque frère ensemence l’ami. (Celui que j’aime et non celui qui m’aimerait.)

Ce ne sont pas les livres qui font les poètes

C’est le vent qu’ils ont suivi, qui les garde en l’air.

Paru le 16 août 2021

Éditeur : Editions Alcyone

Poème
de l’instant

« Fabulation »

« Cela » : cet inconnu sis au plus intime de soi comme une abeille lovée dans l’ombre pourpre des pétales d’une rose tout en plis et replis pour s’y nourrir de son odeur, de ses sucs, de sa chair, de sa tiédeur. De ses secrets.

Sylvie Germain, « Fabulation », Revue Caravanes 8, Éditions Phébus, 2003.