De l’étoffe dont sont tissés les nuages

Adeline Baldacchino

Le poème devrait nous apprendre
à nous déprendre, or il nous attache
plus fermement à la vie
nous lie nous relie nous ligote au
désir il fabrique de la parole
amante avec des mots d’amour il
dit la mort et nous entendons
l’amour il dit je passe et nous croyons qu’il
reste il se moque et nous voulons qu’il
plaisante il sait qu’il ne sauve de rien ni
personne et pourtant nous
écrivons.

Adeline Baldacchino, De l’étoffe dont sont tissés les nuages, Éditions L’Ail des ours, 2020.

Poème
de l’instant

Lokenath Bhattacharya

Le spectateur enchanté

Posté à la fenêtre, dans la maison qui est la sienne, enca-
dré, tableau lui-même, il reste là, à regarder. Son regard
tourné vers qui, quoi ? Vers la rue ? Ne s’y rencontre-t-il,
au contraire, ni chemin ni défilé ? Pas davantage d’arbres,
de collines, de montagnes ? Pas non plus d’êtres vivants,
pas un seul ? N’y trouve-t-on donc que vide infini, ciel illi-
mité, insondable silence ?

Lokhenath Bhattacharya, Le spectateur enchanté, Éditions La Part des anges, 2000.