Debout sur le vent

Auteurs : Antoine Emaz André du Bouchet

 Debout sur le vent

Poète atypique dans le paysage littéraire du XXe siècle, réfractaire à toute forme d’embrigadement, André du Bouchet, proche de Reverdy sans pourtant se confondre avec lui, est le poète de l’exactitude intense. Au plus près de la terre et du poids des éléments, ses poèmes restituent au monde une attention que les discours ont trop souvent avilie. Sa poésie n’est jamais un jeu, mais une exigence, une ascèse : une manière farouche d’être au monde.
Parmi les poètes du XXe siècle, du Bouchet apparaît comme un véritable inventeur, le créateur d’un espace absolument singulier, le découvreur d’une forme comme Mallarmé le fut au XIXe siècle. Du Bouchet cherche un accord inédit entre la respiration des poèmes et leur disposition typographique. Loin de toute passivité formaliste ou décorative, pourtant, le poète s’engage ici dans une action continue, celle de restaurer, de renouer par l’écriture le “lien des routes”. Comme si l’être tout entier s’attachait sans fin à dire la part de silence essentiel du monde, sa commotion soudaine, sa respiration toujours plus vive.

Né le 7 mars 1924, André du Bouchet publie son premier livre de poésie, Air, en 1951. Dix ans plus tard, paraît Dans la chaleur vacante, qui marque véritablement son entrée singulière en poésie.

Paru le 1er décembre 2003

Éditeur : Jean-Michel Place

Genre de la parution : Essai

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.