Dernière carte du tendre

Dernière carte du tendre

Lettre d’amour perdue d’une voyageuse à l’homme qu’elle choisit de quitter, et qui ne la lira jamais. Ecrite toute d’une traite dans le train Liège/Paris, c’est la mise en mots, couchés dans un petit cahier ligné, d’une rupture violemment consentie (et consommée, quand l’amour en partage ne l’a pas été) au rythme d’un train - pas encore à grand vitesse - avec ses retards, ses haltes, ses paysages entrevus ou arrêtés entre deux gares, quand l’urgence d’arriver rejoint ce point de non retour ou l’amour quitte "l’égarement majeur" où il s’est engagé, contraint de reprendre pied dans une réalité qui, avec le mot FIN, va l’achever à l’arrivée.

Paru le 1er mars 2007

Éditeur : La Part commune

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.