Deux poèmes - Gonfreville L’Orcher

Jean-Claude Tardif

LES RUES ROUGES

Les rues sont rouges
monsieur Henri Barbusse
le vent y emporte
des feuilles que l’automne affole
et fait vivre plus fort
au-dessus des baraquements de réfugiés
et des libres pensées
monsieur Anatole France
les dés ne sont plus guère jetés
sur le comptoir du "Picardie".
Au pied de la torchère
les péniches flanent sous la flamme
le marinier lit "le feu, journal d’une escouade"
alors que les écoliers crient encore
non loin de la rue Louis Aragon.

*

La ville s’étire
gouttes de pluie sur les tôles blanches.
A flanc de craie parfums de marronniers.
Elle s’évade,
rôde dans la lumière des flaques
et des cris de l’enfance
qui portent son histoire
et ses contes à venir.
Des maisons de bois
dorment dans ses yeux
les parents lui ont dit
où étaient nés les murs, les toits,
les chaudes cheminées
la ville entière
dans la paume d’une main

Poème
de l’instant

« Fabulation »

« Cela » : humus formé par l’effritement et l’évaporation de nos rêves – diurnes autant que nocturnes ¬–, et que viennent féconder les songes ainsi qu’une abeille féconde les fleurs où elle butine. Les songes, montés (ou descendus ?) des confins du visible.

Sylvie Germain, « Fabulation », Revue Caravanes 8, Éditions Phébus, 2003.