Écorchés

Auteur : Bernard Manciet

<i>Écorchés</i>

.. . Avec Manciet, le feu est partout. Dans les têtes, les cœurs, dans la langue. " Manciet est tellurique " nous dit Bernard Lubat. Une preuve de cette puissance de feu ? Vous l’avez sous les yeux. Songez que les textes de cet ouvrage ont été écrits au soir de sa vie. N’est-ce point la jeunesse éternelle ?
Homme de pluie et de lumière, Bernard n’écrivait que porté par l’amour. Ou la colère. Tous deux sont présents ici de manière éclatante. Colère contre le corps qui ne répond plus, le temps qui soudain passe trop vite ; amour de l’artiste, de sa jeunesse et de son art.
Il nous a quitté au seuil de l’été 2005.
Louis Blancho
Président de l’Association des amis de Bernard Manciet
Poésie / photographie d’Eric Chabrely

J’ai recueilli sur les sables sombres et clairs de Nouvelle-Zélande d’improbables figures délivrées des marées nocturnes.
L’homme au verbe somptueux et difficile, poète de la langue d’Oc,
a accepté le jeu d’une correspondance avec les antipodes.
Par voie postale, pièces et caractères ont trouvé place en ces plages de papier.
Eric Chabrely

un extrait…

Sève épaisse hoque tée

la réglisse par saccades

s’élonge et se hisse et glisse

d’une cuisse de phalanges

que départage la soif

se dissimule et s’ensable

douce abdominalement

se dévore à force dents

se reptile à regards froids

et lierre se fait écorce

et rable se suce en torse

se délice lumbago

Paru le 1er janvier 2007

Éditeur : La Part des anges

Genre de la parution : Livre d’artiste

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.