Écrire comme on part

Auteur : Béatrice Libert

<i>Écrire comme on part</i>

Couverture : photographie de Yanek Husianycia

A mes yeux, jamais Béatrice Libert n’avait étreint la terre de cette façon-là, et jamais ses mains jardinières n’avaient pétri, comme ici, le corps du poème comme le corps de la mort. Pétri et caressé car la langue est légère et si sensuelle quand l’auteure réveille les mots qui dormaient dans la moelle de nos os. Et du coup, elle nous encourage à rejoindre notre propre jardin. Ou notre cimetière ? Mais n’est-ce pas très proche ? Ce jardin-cimetière que nous portons en nous, au point que… « Tu ne sais jamais / Si c’est toi qui le traverses / Ou si c’est lui qui marche en toi. »
Une chose est sûre en tout cas, il faut y entrer dans ce jardin-poème, si fragile et si fraternel, s’y promener, peut-être s’y perdre, mais avec la certitude « que demain est tiède d’être déjà aimé ». Gabriel Ringlet, préface (extraits)

Paru le 1er juin 2013

Éditeur : Le bruit des autres

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.