Ecrits d’amour par Cécile Sauvage

Ecrits d'amour par Cécile Sauvage

Connue des familiers d’Olivier Messiaen, car elle fut sa mère, mais mal connue du grand public, la poésie de Cécile Sauvage (1883-1927), fut pourtant très tôt reconnue par Frédéric Mistral. Cécile Sauvage, épousa Pierre Messiaen en 1907, lui-même écrivain, dont elle eut deux fils, Olivier et Alain. L’écriture tint toujours une place importante dans sa vie quotidienne. Elle relata son expérience de jeune mère dans des poèmes étonnants qui exaltent son enchantement devant sa propre création. Poétesse de la maternité, elle chanta aussi l’amour charnel. En effet, en 1909, elle fit une rencontre décisive : celle de Jean de Gourmont, frère de Remy, qui édita ses poèmes. Elle tomba follement amoureuse de Jean et elle vécut pour lui une passion infinie dont elle ne se relèvera pas après leur séparation, finissant sa vie dans l’enfermement et la mélancolie.

Un recueil posthume de ses œuvres fut publié au Mercure de France, dont l’édition fut établie par les soins de son époux, Pierre Messiaen. Mais il présenta à sa manière l’histoire des textes, n’hésitant pas à changer les dédicaces, les noms, bref, il donna de l’œuvre de son épouse une image pour le moins inexacte, qui respectait les conventions et taisait l’amour adultère. Olivier Messiaen, confident de sa mère, n’eut de cesse de faire connaître l’œuvre de cette dernière dans sa vérité, mais ses propres créations l’empêchèrent de mener à bien la tâche.

C’est chose faite avec l’édition que propose Béatrice Marchal, passionnée par cette œuvre hors du commun. Elle a longtemps travaillé sur les manuscrits et la correspondance inédite de la poétesse reconstituant le puzzle et restituant une vie et une œuvre tourmentées, excessives, hors limites.

Chez Cécile Sauvage, tout fut affaire de passion : la maternité, le corps de l’amant, l’amour infini pour Dieu et sa création. Vivant la violence intérieure, sombrant dans la mélancolie jusqu’à la mort, Cécile Sauvage, vierge folle, offre des images d’une force inouïe et révèle les soubresauts les plus intimes de son être. Cette femme se mit en mots, corps et âme, jusqu’aux extrêmes.

Paru le 1er novembre 2009

Éditeur : Les éditions du Cerf

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Autoportrait d’un autre

IL S’ÉTAIT TRESSÉ un masque de fougères qui, le matin même, était encore vert. À présent il était devenu sec et cassant, pauvre armure désormais incapable de le cacher. Les oiseaux plongeaient comme des poignards dans la succion des vagues. Il se rappelait l’accélération de la chute, l’écriture de l’eau autour de son corps. Ainsi était-il resté des heures étendu. Était-il vrai que l’île se fût formée de la sorte, il ne pouvait le dire. Il se rappelait seulement la lenteur après la chute, l’acquittement de la violence qui l’avait libéré, l’étreinte de la mer.

Cees Nooteboom, Autoportrait d’un autre, Traduit du néerlandais par Philippe Noble, Actes Sud, 1994.