Ecrivains au Stalag

Ecrivains au Stalag

La France a cessé d’être une grande puissance le 22 juin 1940 lorsqu’elle a signé l’armistice qui fit d’elle un pays vaincu et permettait aux troupes allemandes de l’occuper. Deux millions ou presque d’hommes valides, ceux qui réunissaient les conditions physiques pour être mobilisés en 1939, issus de tous les métiers et de toutes les conditions sociales furent capturés et rejoignirent les stalags et les oflags, ces baraquements que l’Allemagne avait déjà construits depuis longtemps et selon une parfaite logique totalitaire pour y enfermer des opposants communistes et des Juifs, mais aussi en l’attente d’événements futurs lourdement prévisibles. Jamais dans l’histoire autant d’hommes n’étaient tombés en si peu de temps aux mains de l’ennemi. Ces chouchous du régime de Pétain qui les considérait avec leurs épouses comme le terreau sur lequel se bâtirait la Révolution nationale et qui, pour les faire revenir en France, n’a cessé de marchander avec le cynisme de l’occupant allemand, connurent les privations, le désœuvrement abêtissant et le travail au service de l’ennemi, l’infantilisation de la vie des camps et l’angoisse d’un avenir totalement inconnu. Chouchous maudits cependant, anéantis dans l’indifférence. Ils sont revenus des camps après cinq ans, mais leur réintégration économique, politique et affective fut difficile, douloureuse, parfois impossible. Cocus de l’Histoire, ils se sont retrouvés du côté des vainqueurs sans avoir agi pour cela et après avoir été les hérauts forcés du « redressement national ». Au regard de Ravensbrück ou de Birkenau, leur captivité semblait bien pâlotte et presque risible. Mais ces longs mois passés en contrée hostile avaient été dégradants parce qu’effroyablement médiocres. Ils engendrèrent des livres grisâtres, même si sur la palette de la vie, il est d’infinies nuances entre le gris clair et le gris foncé. Quelques œuvres fortes virent le jour. Ce numéro d’Europe réunit des auteurs qui depuis longtemps fréquentent ces écrivains du stalag et parlent avec finesse et passion de Georges Hyvernaud, Raymond Guérin, André Frénaud, Claude Simon, Henri Calet, Jacques Perret et de quelques autres.

ÉTUDES ET TEXTES DE

Michel P. Schmitt, René-Pierre Colin, Pierre Vilar, Jean-Yves Debreuille, Bruno Curatolo, Catherine de Boel, Johan Faerber, Paul Dirkx, Bibiane Fréché,Franck Taponard, Mireille Hermet, Pierre Unik, Gaston Criel, Jean Paulhan,Pierre Bost, Louis Althusser, Jacques Perret, Henri Calet, Roger Ikor.

ELIO VITTORINI

Raffaele Crovi, Italo Calvino, Elio Vittorini, Ernest Hemingway, Bernard Chambaz, Franco Fortini, Vincenzo Consolo, Luca Salza, Émile Breton, Maria Corti.

Paru le 1er mars 2008

Éditeur : Europe

Genre de la parution : Revue

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.