Édition 2002
Du 11 au 17 mars 2002

Édition 2002
Poésie vivante

La plus belle des idées n’est belle que si elle est partagée. Le beau succès qu’ont connu les trois premières éditions du Printemps des Poètes a prouvé, contre des préjugés tenaces, que beaucoup de Français gardent la poésie au cœur, que la poésie peut être populaire sans s’abaisser. Dans un monde difficile, souvent gouverné par l’intérêt, le souci du profit égoïste et de la rentabilité, nous avons besoin plus que jamais de poésie. Parce qu’elle est, comme le dit le poète argentin Roberto Juarroz, « un extraordinaire accélérateur de la conscience », parce qu’elle est source d’émerveillement et de réflexion, la poésie doit avoir une part essentielle à l’éducation de la jeunesse.
Nous souhaitons donc que le quatrième Printemps des Poètes soit l’occasion d’un nouvel élan, que la fête soit plus belle encore, qu’elle témoigne de la richesse et de la diversité de la poésie vivante. Nous voudrions offrir à chacun la chance et la surprise du poème. Oui, que la poésie soit offerte à tous comme une chose simple et naturelle, qu’on l’entende, qu’on la lise, qu’on la dise, qu’on l’emporte avec soi dans un livre. Les poètes sont parmi nous des alliés précieux, ils travaillent patiemment dans l’ombre pour chanter la vie, exprimer nos désirs et nos colères, interroger le mystère de la langue. Prêtons l’oreille à leur parole heureuse et grave, parfois déconcertante mais toujours généreuse. Que madame Andrée Chedid me permette de reprendre à mon compte son appel fraternel : « Les poètes ont visage de vivant. Prêtez-leur confiance. »

Jack Lang, Ministre de l’Éducation nationale.
Extrait de l’allocution du 11 décembre 2001.

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.

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